Sainte Juthwara - Mozzarella, les mains balladeuses du frère et céphalophorie
Sainte Juthwara, vierge et martyre
La vierge sainte Juthwara, née de nobles parents, dès sa toute première enfance, inondée de la grâce du Saint-Esprit, s’appliqua sans cesse à servir Dieu par de bonnes œuvres. Après la mort de sa mère, vivant innocemment dans la maison paternelle, elle se montra aimable envers tous et, avec l’avancée de l’âge, ajouta vertu à vertu. Aux pèlerins qui fréquentaient la maison de son père, elle offrait son service avec toute la joie d’une dévotion empressée.
Elle avait un frère nommé Bana, et trois sœurs : sainte Eadwara, sainte Wilgitha et sainte Sidewlla, toutes également dévouées par la droiture de leur esprit et appliquées aux œuvres vertueuses.
Après la mort de la mère de Juthwara, son père prit pour épouse une autre femme, d’origine assez noble, mais dont l’esprit, sous l’influence du diable, était infecté par le fiel de l’amertume. Celle-ci, le cœur empoisonné, se mit à tramer des ruses, à inventer de fausses accusations d’infidélité et à préparer des embûches.
Bana était en effet un homme fort par sa vigueur, et un exécutant assidu de toute méchanceté. La vierge Juthwara, lors des fêtes des saints, accompagnée de ses compagnes, prenait soin d’assister aux offices divins, passant les nuits en veilles assidues. Elle s’appliquait en outre aux jeûnes, aux prières et aux aumônes, afin que, livrée à de tels exercices, elle vainquît et soumît les séductions de la chair.
Lorsque finalement son père mourut, la pâleur de la vierge augmenta de jour en jour à cause des veilles fréquentes, des jeûnes et des soucis. Le Malin, instigateur de tout mal, excita alors la belle-mère de la vierge, lui inspirant le poison par lequel il voulait la perdre. Celle-ci, dissimulant sa perfidie et feignant un affection maternelle, aborda la sainte vierge par de douces paroles, s’enquérant des causes de sa pâleur.
Juthwara, ne soupçonnant aucun mal, se plaignit du chagrin causé par la mort de son père, déclara qu’elle n’aimait guère les honneurs de ce siècle, et affirma que les causes de sa pâleur étaient des douleurs de la poitrine. À ces paroles, la belle-mère prétendit chercher pour elle un remède médicinal ; prenant deux morceaux de fromage frais encore dégoulinant, elle lui conseilla de les placer sur chacun de ses seins en se rendant à l’église, afin qu’un tel remède la délivrât de toute maladie de la poitrine.
La vierge simple ayant été trompée par ces conseils, la belle-mère alla trouver son beau-fils Bana et lui mentit en disant que sa sœur était enceinte d’un enfant conçu ; pour preuve, elle lui conseilla d’ôter le vêtement de la jeune fille de sa poitrine, affirmant qu’il serait mouillé par le lait s’écoulant de ses mamelles.
Lui, abusé par sa légèreté juvénile, saisit sa sœur qui sortait de l’église devant tout le peuple et lui demanda de qui elle était enceinte. Comme elle demeurait stupéfaite et niait être enceinte, il lui ôta son vêtement, comme on le lui avait appris. Le trouvant mouillé, emporté par un élan de fureur irréfléchie, il tira son glaive et trancha la tête de l’innocente vierge.
Sans délai, la sainte vierge prit sa propre tête de ses mains, la releva de terre et la porta, sans trébucher, jusqu’à l’église d’où elle était sortie, sous les regards émerveillés de tous. Pour confirmer la sainteté de sa chère martyre, le Dieu bienveillant fit aussitôt jaillir une source de la terre à l’endroit où la tête innocemment tranchée était tombée, et au-dessus de cette source un arbre se mit à croître par volonté divine.
Bien des années plus tard, il arriva que cet arbre, sous la violence excessive des vents, tombât sur la maison voisine, et que la densité de ses branches empêchât quiconque d’y entrer. Lorsque le maître de la maison tenta d’en couper les branches, l’arbre se redressa aussitôt par la puissance divine et emporta le jeune homme dans les airs ; suspendu à la branche qu’il avait commencé à trancher, il appela les voisins à l’aide par ses cris. Ceux-ci accoururent aussitôt et, rendant grâce à Dieu, affirmèrent que cela était arrivé par les mérites de sainte Juthwara.
Une femme ayant mis au monde un fils entièrement infirme, avertie en songe, se rendit au tombeau de la sainte vierge et reçut son fils guéri, dans une grande joie. Un chevalier boiteux, soutenu par deux bâtons, s’approcha avec dévotion du sépulcre de la sainte vierge ; ses pas lui ayant été rendus, il retourna chez lui en bonne santé, rendant grâce à Dieu.
DE SANCTA IUTHWARA VIRGINE ET MARTIRE. Virgo sancta Iuthwara, nobilibus natalibus orta, ab ipsa primeua etate, sancti spiritus gratia perfusa, operibus bonis indesinenter deo seruire studuit. Hec in paterna domo post obitum matris innocenter viuens, cunctis se amabilem exhibuit, et virtutes virtutibus cum processu etatis auxit; peregrinis domum patris sui frequentantibus cum omni deuotionis hilaritate obsequium impendit. Erat ei frater nomine Bana, et sorores tres: Eadwara sancta, sancta Wilgithago et sancta Sidewlla, mentis eadem probitate deuote et virtutum operibus dedite. Defuncta vero matre Iuthware pater eius alteram, genere satis nobilem, vxorem duxit, sed felle amaritudinis instinctu diaboli mentem infectam habentem. Que corde venenoso dolos: versare, commenta fingere infidelitatis, insidias parare cepit.
Erat enim Bana vir fortis viribus, et totius nequitie executor assiduus. Iuthwara virgo in sanctorum natalitiis, sumptis secum sociis, interesse diuinis curauit, noctes peruigiles ducens; studebat preterea ieiuniis, orationibus et elemosinis vacare, vt talibus obsequiis dedita, illecebras carnis vincens subiugaret. Mortuo tandem patre eius, pallor virgini ob vigilias crebras, ieiunia solicitudinesque in dies augetur1. Malignus igitur totius mali incentor nouercam virginis incitauit, venenum quo eam perderet inspirans. Que suppresso nequitie dolo et materno affectu simulato, virginem sanctam dulcibus alloquiis aggreditur, causas palloris inquirens. Iuthwara, nihil mali suspicata, paterne necis detrimentum conqueritur, honores huius seculi non multum a se diligi, causas sui palloris pectoris dolores asserit. Hiis auditis, nouerca medicaminis solatium se quesituram mentitur; duas par- ticulas recentis casei adhuc stillantis sumens, super vtramque mamillam eunti ad ecclesiam ponere suasit, vt medicina tali ab omni pectoris languore liberari posset. Cum monitis eius virgo simplex circumuenta esset, Banam priuignum nouerca adiit', sororem eius pregnantem concepto fetu mentitur, atque in argumen- tum fidei interulam puelle a pectore eius extrahere suadet, dicens eam profluente de mamillis lacte madidam fore. Qui iuuenili leuitate deceptus, sororem de ecclesia egredientem coram omni populo arripiens, de quo grauida esset inquisiuit. Cumque illa staret attonita et se grauidam negaret, interulam eius, vt doctus fuerat, extraxit. Quam madidam inueniens, impetu furoris inconsulte agitatus gladium extraxit et innocentis caput virginis amputauit. Nec mora, virgo sancta caput proprium suis manibus accipiens, de terra leuauit, et in ecclesiam vnde exierat, mirantibus cunctis, inoffenso gradu portauit. Ad comprobandam dilecte martiris sue sanctitatem, benignus deus fontem continuo de terra erumpere fecit vbi innocenter amputatum [caput] cecidit; et super fontem arbor quedam diuinitus crescere cepit. Elapsis post hec annis multis, contigit arborem illam nimio ventorum flatu super domum proximam cadere, ramorumque eius densitate ingrediendi facultatem omnibus denegare. Cumque dominus domus eam ramis priuare niteretur, statim diuinitus erecta iuuenem secum in altum tulit, qui herens in ramo, quem abscindere ceperat, vicinos ad auxilium clamoribus inuitauit. Qui confestim accurrentes, et gratias deo agentes, sancte Iuthware meritis hoc prouenisse asserebant. Cum mulier quedam filium toto corpore debilem peperisset, per visum admonita sancte virginis sepulchrum adiit, et filium sanitati restitutum gaudens recepit. Miles quidam claudus et baculis duobus sustentatus, ad sepulchrum sancte virginis deuotus accessit : et gressibus reparatis, cum salute, gratias deo agens ad sua rediit.
Jean de Tynemouth - Nova Legenda Angliae
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SEynt Iuthwara virgyne fro her youth serued out lorde in good werkes {per}seueraūtlye / and was veray dylygent to serue pore pylgrymes that came to her fathers house / her moder ī lawe sought oftymes occasions agaynst her and with watchynges / fastyng{is} / and longe prayers she waxed pale coloured and after her fathers dethe her moder in lawe vnder coloure of medysyne aduysed her to ley new these to her tetes to helpe the sykenes of the brest / and so she dyd mystrustynge no thynge / And afterwarde / her moder in lawe tolde her broder called Banam yt she was wt childe & bad hym loke on her brest{is} & he shuld fynde mylke in them & therupon afore moche people in great hast he demaunded of her who had goten her with childe / & she therwith astony¦ed denyed & sayd she was nat wt childe / & then her broder as he was taught opened her brest{is} / & when he sawe mylke a∣boute theym in a furyous wodnes with his swerde he stra∣ke of her hedde / & she toke vp her hedde afore all the people / & bare it to the churche & there as her hedde was stryken of sprange a fayre welle & atre by myracle grewe vpon the sa∣me welle whiche many yeres after with great wynde was blowe downe vpon ye next house so that ye bowes stopped ye cōmyng in / wherfore the owner of the house wolde haue cut away the bowes and anone the tree Rose vpright agayne and toke a yonge man with it that was aboute to haue lop∣ped it so that he was fayne to crye for helpe / whiche all the people referryd to the merytes of seynt Iuthwara / At her sepulchre a knyght that was lame and went with staues re¦couered his helthe.
Here begynneth the kalendre of the newe legende of Englande (Richard Pynson - 1516)
Traduction
Sainte Iuthwara, vierge, dès sa jeunesse servit Notre Seigneur par de bonnes œuvres avec persévérance, et se montra très diligente à servir les pauvres pèlerins qui venaient à la maison de son père. Sa belle-mère chercha souvent des occasions contre elle, et par des veilles, des jeûnes et de longues prières, elle devint pâle de teint.
Après la mort de son père, sa belle-mère, sous prétexte de médecine, lui conseilla de se mettre des feuilles fraiches sur la poitrine pour soulager une maladie des seins, ce qu’elle fit sans se méfier de rien.
Ensuite, sa belle-mère dit à son frère nommé Banam qu’elle était enceinte, et lui ordonna de regarder sa poitrine, où il trouverait du lait. Alors, devant beaucoup de gens et avec grande hâte, il lui demanda qui l’avait mise enceinte. Elle en fut toute stupéfaite, nia et dit qu’elle n’était pas enceinte.
Mais son frère, comme on le lui avait appris, découvrit sa poitrine, et lorsqu’il vit du lait autour d’elle, dans une fureur sauvage, il lui trancha la tête avec son épée. Elle ramassa alors sa tête devant tout le peuple et la porta jusqu’à l’église.
À l’endroit où sa tête fut tranchée jaillit une belle source, et près de cette source, par miracle, poussa un arbre. Bien des années plus tard, cet arbre fut renversé par un grand vent sur la maison voisine, si bien que ses branches en bloquaient l’entrée. Le propriétaire voulut couper les branches, mais aussitôt l’arbre se redressa et emporta avec lui un jeune homme qui s’apprêtait à l’émonder, de sorte qu’il dut crier à l’aide.
Tous les gens attribuèrent cela aux mérites de sainte Iuthwara. À son sépulcre, un chevalier qui était infirme et marchait avec des bâtons recouvra la santé.



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