Macaire et le mari de la femme transformée en jument
Voilà une historiette qui devrait faire le bonheur des psychanlystes et des mythologues. Malheureusement, on ne lit plus assez Pallade de Galatie.
![]() |
Saint Macaire l'Ancien et la femme à l'aspect de jument (Paris, BnF, Français 24947 f.31) |
Un homme d'Egypte amouraché d'une femme libre en puissance de mari et ne pouvant l'enjôler, s'aboucha avec un magicien et lui dit : « Amène-la à m'aimer ou fais quelque chose pour que son mari la rejette. » Et le magicien, ayant reçu suffisamment, usa de sortilèges magiques et il l'arrange pour qu'elle ressemble à une jument. Donc le mari qui venait du dehors l'ayant vue, trouvait étrange que dans son grabat une jument était couchée. Le mari pleure, se lamente: il engage une conversation avec l'animal ; il n'obtient pas de réponse. Il mande les prêtres du village. Il introduit, il montre; il ne découvre pas l'affaire.
Pendant trois jours, elle ne prit sa part ni de fourrage comme une jument, ni de pain comme un être humain, restant privée des deux genres de nourriture. Enfin, pour que Dieu fût glorifié et que parût la vertu du saint Macaire, il monta au cœur de son mari de la conduire dans le désert, et lui ayant mis un licou comme à un cheval, il la conduisit ainsi dans le désert.
Or, au moment où ils approchaient, les frères s'étaient arrêtes près de la cella de Macaire, luttant contre le mari de celle-là et disant : « Pourquoi as-tu amené ici cette jument? » Il leur dit : « Pour qu'elle soit prise en pitié. » Ils lui disent : « Qu'a-t-elle donc ». Son mari leur répondit ceci : « C'était ma femme et elle a été changée en cheval, et aujourd'hui c'est le troisième jour qu'elle passe sans avoir goûté à quelque chose. » Ils font rapport au saint qui était en prière à l'intérieur; car Dieu lui avait fait une révélation, et il priait pour elle. Le saint Macaire répondit donc aux frères et il leur dit : « C'est vous qui êtes des chevaux, qui avez les yeux des chevaux. En effet celle-ci est une femme, non métamorphosée, si ce n'est uniquement aux yeux de ceux qui ont été trompés. »
Et ayant béni de l'eau, et l'ayant versée à partir de la tête sur elle nue, il ajouta une prière ; et sur-le-champ il la fit paraître femme à tous. Puis lui ayant donné de la nourriture, il la fit manger et il la congédia, rendant grâce avec son propre mari, au Seigneur. Et il lui suggéra en lui disant : Ne sois jamais éloignée de l'église, ne t'abstiens jamais de la communion, car cela t'est arrivé pour ne t'être pas approchée des mystères pendant cinq semaines.
Histoire Lausiaque (Vies d'ascètes et de pères du désert) textes et documents pour l'étude historique du christianisme publiés sous la direction de HIPPOLYTE HEMMER ET PAUL LEJAY traduction française par A. LUCOT Aumônier des chartreux à Dijon Paris Librairie Alphonse Picard et fils 1912
---
On pourra préférer cette traduction plus littérale du texte latin publié dans la Patrologie latine de Migne, T. 73, col. 1110.
Un certain Égyptien débauché, enflammé d’amour pour une femme libre qui s’était mariée, et ne pouvant la séduire en raison de sa pudeur et de sa chasteté envers l’époux de sa virginité, s’adressa à un misérable magicien en lui disant :
« Ou bien excite-la afin qu’elle m’aime, ou bien, par ton art, fais en sorte que son mari la répudie. »
Le magicien, après avoir reçu de lui une récompense suffisante, usa de ses prestiges et de ses incantations ; et comme il ne pouvait incliner son esprit à consentir à cet homme, il fit en sorte qu’elle paraisse être une jument aux yeux de ceux qui la regardaient.
Lorsque son mari sortit de la maison, il vit sa femme sous l’apparence d’une jument ; et lorsqu’il se coucha dans son propre lit, il lui sembla étrange qu’une jument fût étendue sur sa couche.
Alors le mari pleura et se lamenta de ne pouvoir comprendre ce qui s’était produit ; et, pensant s’adresser à une bête, il n’obtenait aucune réponse, sinon qu’il la voyait seulement s’irriter.
Il en était d’autant plus tourmenté qu’il comprenait qu’elle était bien sa femme, mais qu’elle avait été changée en jument par les arts pervers et curieux des hommes.
Pour ces raisons, il fit venir les prêtres du village et les conduisit dans sa maison pour la leur montrer ; mais eux non plus ne reconnurent pas le malheur qui lui était arrivé.
Pendant trois jours, elle ne mangea ni foin comme une jument, ni pain comme un être humain, privée de l’un et de l’autre aliment.
Enfin, afin que Dieu fût glorifié et que la puissance de saint Macaire se manifestât, il vint au cœur de son mari de la conduire dans le désert auprès de l’homme saint ; et l’ayant attachée avec un licol comme une jument, il la mena dans la solitude.
Lorsqu’ils s’approchèrent, les frères se tinrent près de la cellule de saint Macaire et disputèrent avec le mari en disant :
« Pourquoi as-tu amené ici cette jument ? »
Il leur répondit :
« Afin d’obtenir miséricorde par la prière du saint. »
Ils lui dirent alors :
« Quel mal a-t-elle ? »
Il leur répondit :
« Cette jument que vous voyez, cette malheureuse était ma femme ; et je ne sais comment elle a été changée en jument, et voilà déjà trois jours qu’elle n’a rien mangé. »
Ayant entendu cela, ils en informèrent le serviteur de Dieu Macaire, qui était déjà à l’intérieur en train de prier pour elle ; car Dieu lui avait révélé ce qui se passait, tandis qu’ils venaient à lui, et c’est pourquoi il priait afin que la cause de cet événement lui fût manifestée.
Alors saint Macaire répondit aux frères qui lui annonçaient qu’un homme avait amené là une jument, en disant :
« Ce sont vous qui êtes des chevaux, vous qui avez des yeux de chevaux ; car elle est une femme telle qu’elle a été créée, non transformée, mais apparaissant ainsi seulement aux yeux de ceux qui sont trompés. »
Lorsqu’elle fut amenée devant lui, il bénit de l’eau et la versa sur la tête nue de la femme, puis pria au-dessus d’elle ; et aussitôt il fit que, aux yeux de tous, elle apparût comme une femme.
Puis, ayant ordonné qu’on lui apporte de la nourriture, il la fit manger, et la renvoya ainsi guérie avec son mari, tous rendant grâce à Dieu.
Enfin, l’homme de Dieu l’avertit en ces termes :
« Ne délaisse jamais l’Église, ne t’abstiens jamais de la communion aux sacrements du Christ.
Car ce qui t’est arrivé est dû au fait que, depuis cinq semaines déjà, tu ne t’étais pas approchée des sacrements immaculés de notre Sauveur. »

Commentaires
Enregistrer un commentaire